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Guide · Société en France

Créer une société en France depuis le Maroc : le guide 2026

Conditions, Office des Changes, étapes, banque, coûts et fiscalité : ce qu’un dirigeant marocain doit savoir avant de créer une société française.

Par Kawtar BENSOUDA, expert-comptable et commissaire aux comptes, fondatrice de SYN EXPERT · Mis à jour le 13 octobre 2026

L’essentiel

  • Vous pouvez créer et diriger une société française sans résider en France : aucun visa ni titre de séjour n’est exigé pour cela.
  • Côté Maroc, l’investissement à l’étranger est encadré par l’Office des Changes : le régime général vise les sociétés ayant au moins trois ans d’activité et des comptes certifiés par un commissaire aux comptes.
  • La création se fait à distance : statuts, siège en France, dépôt du capital, immatriculation en ligne.
  • Le vrai point dur est bancaire : l’ouverture du compte professionnel pour un dirigeant hors d’Europe.
  • Une société française se suit dans la durée : comptabilité, TVA, bilan, même sans activité.

Sommaire

  1. Peut-on créer une société en France en vivant au Maroc ?
  2. Ce que dit l’Office des Changes
  3. Filiale ou société nouvelle, SAS ou SARL ?
  4. Les six étapes de la création
  5. La banque, le point dur
  6. Combien ça coûte ?
  7. Fiscalité : ce qu’il faut anticiper
  8. Les erreurs à éviter
  9. Questions fréquentes

1. Peut-on créer une société en France en vivant au Maroc ?

Oui. Un ressortissant marocain peut créer une société en France sans y résider. Tant que vous ne vous installez pas en France, c’est-à-dire tant que vous n’y séjournez pas plus de 90 jours sur une période de 180 jours, aucun visa ni titre de séjour n’est requis pour créer la société.

Vous pouvez aussi la diriger depuis le Maroc : il est possible d’être président ou gérant d’une société française sans résider en France.

Trois précisions utiles :

  • La société ne donne pas un droit au séjour. Pour vos déplacements en France, vous avez besoin d’un visa de court séjour. Exercer vos fonctions de façon effective et habituelle sur le territoire français suppose en revanche un titre de séjour adapté.
  • L’entreprise individuelle n’est pas la bonne voie. Micro-entreprise comprise, elle suppose de résider en France. Pour un dirigeant qui reste au Maroc, c’est une société qu’il faut créer.
  • Associé et dirigeant sont deux choses différentes. Votre société marocaine peut être l’associée de la société française, et vous en être le dirigeant.

2. Ce que dit l’Office des Changes

C’est la question à régler en premier, avant même de choisir la forme juridique. Créer une société en France, c’est investir à l’étranger : l’opération relève de la réglementation marocaine des changes.

Le régime général prévu par l’Instruction générale des opérations de change concerne les sociétés marocaines inscrites au registre de commerce. Il prévoit notamment que :

  • la société doit avoir au moins trois ans d’activité ;
  • sa comptabilité doit être certifiée sans réserve par un commissaire aux comptes ;
  • l’investissement doit être en rapport avec son activité et viser à la développer ;
  • il ne doit pas porter sur des placements ni sur de l’immobilier.

L’investissement peut prendre la forme d’une création de société, d’une prise de participation d’au moins 10 % ou de l’ouverture d’une succursale ou d’un bureau. Les fonds sont transférés par votre banque marocaine, dans la limite d’un plafond annuel par société.

Et pour les autres situations ?

Un particulier résident au Maroc n’entre pas dans ce régime : il lui faut une autorisation de l’Office des Changes. Un dispositif particulier existe pour les startups labellisées. Les Marocains résidant à l’étranger et les étrangers installés au Maroc, lorsqu’ils investissent avec des fonds détenus hors du Maroc, sont dans une situation différente, à examiner au cas par cas.

En pratique : faites le point avec votre banque marocaine avant de signer quoi que ce soit en France.

Lire l’article : les règles de l’Office des Changes

3. Filiale ou société nouvelle, SAS ou SARL ?

Filiale ou succursale. Une filiale est une société française à part entière, détenue par votre société marocaine : elle a son propre patrimoine et sa propre responsabilité. Une succursale n’a pas de personnalité juridique : elle engage directement la société marocaine. La filiale est le choix le plus courant pour vendre en France.

Quelle forme juridique ? Deux familles se partagent l’essentiel des créations.

CritèreSAS / SASUSARL / EURL
Associés1 (SASU) ou plusieurs (SAS)1 (EURL) ou plusieurs (SARL)
Capital minimum1 €1 €
DirigeantPrésidentGérant
FonctionnementTrès souple, fixé par les statutsPlus encadré par la loi
Associé société étrangèrePossiblePossible

La SAS, ou la SASU lorsqu’il n’y a qu’un associé, est souvent retenue pour une direction à distance : ses statuts organisent librement les décisions, les signatures électroniques et les pouvoirs. Le capital minimum est symbolique, mais un capital cohérent avec l’activité pèse dans la relation avec la banque.

4. Les six étapes de la création

  1. Les statuts. Ils fixent la forme, l’objet, le capital, la direction. Pour une société dirigée depuis le Maroc, ils doivent prévoir les décisions à distance et les pouvoirs donnés à un mandataire en France.
  2. Le siège social. La société doit avoir une adresse en France. Sans locaux, on passe par une société de domiciliation, qui doit être agréée par la préfecture.
  3. Le dépôt du capital. Les fonds sont déposés en banque ou chez un notaire, qui délivre l’attestation exigée pour l’immatriculation.
  4. L’annonce légale. La création est publiée dans un support habilité du département du siège.
  5. L’immatriculation. Le dossier est déposé en ligne sur le guichet unique des formalités des entreprises, avec la déclaration des bénéficiaires effectifs.
  6. Le Kbis. La société reçoit son numéro SIREN, son extrait Kbis et son numéro de TVA intracommunautaire.

Comptez en général quelques semaines une fois le dossier complet.

5. La banque, le point dur

Sur le plan juridique, créer la société est simple. La difficulté est bancaire : les banques françaises appliquent des contrôles renforcés aux dirigeants qui ne résident pas en Europe, et beaucoup de banques en ligne exigent une résidence européenne.

Ce qui fonctionne :

  • sécuriser le dépôt du capital avant de signer les statuts, en banque ou, à défaut, chez un notaire ;
  • préparer un dossier complet : identité, justificatif de domicile, présentation de l’activité, origine des fonds, documents de la société marocaine ;
  • ouvrir le compte d’exploitation dans un second temps, une fois la société immatriculée.

La décision appartient toujours à la banque, qui peut demander un rendez-vous. Mieux vaut l’anticiper que le découvrir après la signature.

6. Combien ça coûte ?

Les frais officiels sont modestes :

  • 33,83 € pour l’immatriculation d’une société commerciale ;
  • 19,33 € pour la déclaration des bénéficiaires effectifs ;
  • l’annonce légale, dont le tarif dépend de la forme juridique et du département.

Le budget réel se joue ailleurs : la domiciliation du siège, le dépôt du capital s’il passe par un notaire, les honoraires de création et, chaque année, la comptabilité.

Une société française a des obligations même sans chiffre d’affaires : comptabilité, comptes annuels, déclarations fiscales. C’est un coût à prévoir dès le départ.

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7. Fiscalité : ce qu’il faut anticiper

L’impôt sur les sociétés. La société française paie l’impôt sur ses bénéfices en France : 25 % au taux normal, avec un taux réduit de 15 % sur une première tranche de bénéfice, sous conditions.

La TVA. La société relève de la TVA française et dispose d’un numéro de TVA intracommunautaire, utile pour vendre dans toute l’Union européenne.

Les dividendes vers le Maroc. La convention fiscale entre la France et le Maroc prévoit que les dividendes versés par une société française à un bénéficiaire domicilié au Maroc sont, en principe, exonérés de retenue à la source en France lorsqu’ils sont imposables au Maroc. Les conditions se vérifient avant chaque distribution.

La direction effective. Une société française entièrement dirigée depuis le Maroc peut poser la question du lieu où ses bénéfices sont imposables. Le sujet se traite : une organisation réelle en France et des décisions documentées. Il doit être pensé dès la création.

Les échanges entre vos deux sociétés. Les prestations et les ventes entre la société marocaine et la société française doivent être facturées à des prix de marché, et documentées. C’est là qu’une double lecture comptable, française et marocaine, fait gagner du temps.

8. Les erreurs à éviter

  • Signer les statuts avant d’avoir vérifié le cadre de l’Office des Changes, notamment la certification des comptes.
  • Signer les statuts avant d’avoir sécurisé le dépôt du capital.
  • Choisir une adresse de domiciliation non agréée.
  • Penser que la micro-entreprise est un raccourci.
  • Croire qu’une société sans activité n’a aucune obligation.
  • Facturer entre les deux sociétés sans cadre ni justificatif.

Questions fréquentes


Non. Tant que vous ne résidez pas en France, aucun visa ni titre de séjour n’est exigé pour créer une société française ou la diriger. Un visa de court séjour reste nécessaire pour vos déplacements, et la société ne donne pas, à elle seule, un droit au séjour.

La création, oui : statuts, siège et immatriculation se préparent et se signent à distance. Certaines banques peuvent en revanche demander un rendez-vous pour ouvrir le compte professionnel.

Le régime général de l’Office des Changes vise les sociétés ayant au moins trois ans d’activité et des comptes certifiés par un commissaire aux comptes. En dessous, ou pour un particulier résident, une autorisation est nécessaire. Un régime particulier existe pour les startups labellisées.

Ce n’est pas la bonne voie : l’entreprise individuelle suppose de résider en France et de disposer d’un titre de séjour autorisant une activité non salariée. Pour un dirigeant qui reste au Maroc, la société (SAS, SASU, SARL) est la forme adaptée.

En général quelques semaines une fois le dossier complet. Le dépôt du capital et la banque sont les étapes les plus longues.

Un expert-comptable français. Chez SYN EXPERT, elle est tenue par le cabinet d’expertise comptable de Clermont-Ferrand, inscrit à l’Ordre des experts-comptables, avec un interlocuteur à Casablanca.

Sources officielles

Ce guide donne une information générale, à jour au 13 octobre 2026. Il ne remplace pas une étude de votre situation : les règles de change, bancaires et fiscales s’apprécient au cas par cas.

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